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Antoine arrive à Salvador de Bahia au Brésil
Dimanche, 01 Novembre 2009 22:42

Antoine Rioux, le skipper du Défi Calédonien a finalement rejoint Salvador de Bahia au Brésil, à bord du bateau accompagnateur « Solo », l’ancien maxi 60 pieds avec lequel Jean Yves Hasselin avait couru le Vendée Globe. Victime d’une fatale voie d’eau après un choc avec un OFNI (objet flottant non identifié), il a été contraint d’abandonner le prototype « Nouvelle Calédonie » au milieu de l’Atlantique.
Un peu plus d’une semaine après ce coup de malchance, il revient sur les circonstances de l’accident, nous confie ses états d’âme et révèle ses projets à venir.


Au 13ème jour de course, alors que tu naviguais en 22ème position, le « Défi calédonien a pris l’eau ».  Que s’est-il réellement passé ?

C’était le matin, vers 6h30, juste avant le lever du soleil. C’était la sortie du pot au Noir, je m’apprêtais à faire l’un de mes derniers virements de bord avant de filer vers le Brésil. Je montais sur le pont, quand j’ai percuté quelque chose. Le choc a été puissant, ce n’était pas un animal, mais quelque chose de dur. La dérive a tapé, s’est arrachée et le choc a transpercé la coque au niveau du puit de dérive. J’ai immédiatement viré afin de faire gîter le bateau sur l’autre bord et suis descendu à l’intérieur afin d’évaluer les dégâts. Il y a avait un trou d’environ 30 cm sur 10 cm. Je prenais l’eau sous la ligne de flottaison. J’ai alors fait un appel radio donnant ma position, mon cap et ma vitesse. J’ai sortit mon radeau de survie et déclenché ma balise pour demander assistance. Un bateau sécurité se trouvait à 7 milles de ma position.

Une fois ces premières mesures de sécurité prises qu’as-tu fait ?

Photo prise en mer 2 jours avant le problème.
Je n’ai pas perdu de temps. Il fallait trouver une solution pour colmater la voie d’eau. J’ai enduit un tissu de Sika et tenté une première réparation. L’eau continuait à envahir la coque. Et finalement Solo, le bateau accompagnateur est rapidement arrivé sur zone. Il m’a transféré du matériel et pendant plusieurs heures, il est resté à proximité. J’essayais au maximum de limiter la montée des eaux. Il y avait beaucoup de mer, et le transfert entre les deux bateaux était difficile. J’écopais mais l’eau montait…les batteries ont vite pris l’eau. Je n’avais plus de pilote, de VHF et de GPS. La moitié de la coque était immergée…il ne restait plus beaucoup de solutions. J’ai alors joint par téléphone satellite le directeur de course. Il n’y avait pas d’autre issu que d’abandonner le bateau, qui n’était plus qu’un radeau. Depuis plusieurs  heures, je tentais de colmater…mais l’eau montait. J’ai rangé les voiles à l’intérieur, récupérer les affaires qui ne m’appartenaient pas et laissé tout le reste à bord. Il n’y avait plus d’autres choix, il fallait percuter mon radeau de survie pour rejoindre le bateau accompagnateur. C’était devenu trop dangereux.

Dans quel état d’esprit étais-tu ?

Je suis monté à bord du radeau gonflé et j’ai coupé le bout qui me retenait au prototype et je ne me suis plus retourné. Je n’ai pas voulu le voir sombrer. Je ne pouvais tourner la tête. Il fallait regarder devant, se transporter dans un futur positif ou l’enfer que je vivais devenait une expérience constructive.
C’était insupportable d’abandonner. J’avais fait le plus dur. Le pot au noir était derrière nous. Les virements de bord incessants touchaient à leurs fins… j’allais surfer jusqu’au Brésil. J’étais en forme et décidé. Neptune en a voulu autrement.

A bord du bateau accompagnateur, qu’as-tu fait ?

Le skipper a été parfait. L’équipage a été chouette. Ils avaient toujours les mots justes me poussant à voir de l’avant. A bord du bateau, il y avait les parents de François Cuinet, qui cette année a terminé à la 5ème place en prototype. Il y a deux lors d’un convoyage leur fils a également dû abandonner un bateau qui a coulé. Il avait alors dérivé dans des conditions épouvantables pendant 9 jours dans son radeau de survie. Dans mon malheur, j’étais en vie et en sécurité.

Qu’envisages-tu pour la suite ?

C’est sûr, je veux « remonter à cheval ».  Je me suis éclaté pendant cette course, nous avancions bien. Jamais, au grand jamais, je ne me suis dit que la Mini Transat ou la course hauturière n’était pas fait pour moi. Bien au contraire. Jusqu’à ce fameux « Bang », c’était du pur plaisir. Je veux repartir sur un autre projet. Sur quel support ? Il faut bien réfléchir. Je dois en discuter avec mes partenaires. Mais le cagou doit continuer de voguer. Je le sentais fier surfant sur l’Atlantique.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Ils sont nombreux. Mais c’est peut être la descente sous spi du Cap Vert au Pot au Noir. Nous étions plusieurs bateaux à vue pendant près de 3 jours. C’était épuisant mais motivant.
Après, je crois avoir beaucoup appris, sur la gestion de la course, du stress et de moi-même. Savoir gérer les options, en ayant peu d’infos, tout en restant lucide. J’ai appris à ne pas être extrémiste dans mes choix tactiques, mais plutôt à mener une course hyper dynamique… à changer de voile très régulièrement, afin de mettre vraiment le charbon.
Après les mauvais souvenirs sont également très enrichissants. A l’entrée du pot au noir de nuit, je suis rentré dans un énorme grain. Il y a avait tellement de vent, que je subissais, les trombes d’eau qui te fouettaient la peau. Tu passes du prés au portant en quelques instants…c’est instable, mais toi, tu dois garder ta trajectoire. Au deuxième jour dans ces conditions, je suis entré dans une rue de nuages…et là pendant 24h, j’ai glissé sous spi.

Que retiens-tu de toute cette aventure ?

Je me sens désolé. Désolé pour mes partenaires et toutes les personnes m’ayant soutenues et accompaganées. Je suis déçu. Je voulais amener le cagou au Brésil. Je me suis battu pendant plus de 2 ans pour mener ce projet sur la ligne de départ. Ce bateau nous l’avons imaginé, dessiné, construit. Nous l’avons essayé, modifié, amélioré. Le prototype calédonien était compétitif… il devait aller au bout. Mais un Ofni a croisé sa route. Il y a deux ans un autre bateau avait coulé dans des conditions semblables. Cette année, ça tombe sur nous. Il ne faut pas se morfondre. C’est dur, peut être injuste, mais c’est la vie. Dans quelques mois j’aurais 30 ans. Je suis en forme, motivé, je me connais de mieux en mieux et je ne m’arrêterais pas en si bon chemin.

Ce projet est-il en échec ?

Je ne crois pas, il est en moi. Il est en nous. Je suis de retour à Nouméa mi-décembre, juste après le Salon Nautique de Paris et je vous promets que nous repartirons ensemble pour de belles et nouvelles aventures.

Credit photo : Olivier Blanchet

 
Fédaration des Industries de Nouvelle-Calédonie